Publié le 19 janvier 2026
Mis à jour le 20 janvier 2026
Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (MACF)
Le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), également connu sous l’acronyme anglais CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism) est un instrument règlementaire européen qui vise à soumettre les produits importés dans le territoire douanier de l’Union Européenne à une tarification du carbone équivalente à celle appliquée aux industriels européens fabriquant ces produits. L’objectif premier de ce dispositif est de lutter contre les fuites de carbone, dans un contexte de renforcement de l’ambition climatique au niveau européen.
Le MACF en bref
Le Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières est entré dans sa phase définitive le 1er janvier 2026.
Depuis cette date, plusieurs obligations et procédures entrent en vigueurs pour les importateurs de marchandises MACF. Ces éléments sont précisés :
- Dans la note aux opérateurs publiée par la DGDDI
- Le support du webinaire du 11/12/2025 et son enregistrement.
- Le guide pratique des importateurs, support de référence pour l'ensemble des procédures relatives au MACF.
Qui est concerné ?
Le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières créé de nouvelles obligations règlementaires pour les importateurs, c'est-à-dire les acteurs économiques (identifiés par leur numéro EORI) responsables de la mise en libre pratique des produits listés à l'annexe I du règlement MACF (identifiés par leur codes CN) dans le territoire douanier de l’Union Européenne.
Le MACF s’applique, dans un premier temps, uniquement à certaines marchandises dites « simples » fortement exposés au risque de fuite de carbone :
- Acier
- Ciment
- Aluminium
- Engrais azotés
- Hydrogène
- Importations d'électricité
Ces secteurs représentent en cumulé environ la moitié des émissions industrielles dans l’UE.
L’objectif affiché de la Commission est d’élargir progressivement ce périmètre de marchandises à d’autres secteurs de l’industrie, notamment le raffinage et la chimie, ainsi qu’à certains produits de l’aval afin de limiter les risques de contournement par l’aval proche, via l’importation de produits semi-transformés qui tombent en dehors du champ d’application du MACF.
Les importateurs dont les importations cumulées de marchandises : acier, aluminium, ciment ou engrais azotés ne dépassent pas 50 tonnes (massiques) sur l'année civile, sont exemptés de toutes les obligations liées au MACF.
Le MACF en pratique
Le Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières instaure plusieurs obligations pour les importateurs qui y sont assujettis. Ces procédures sont détaillées dans les menus déroulant ci-dessous et sont expliquées, pas-à-pas, dans le guide pratique des importateurs.
Tout importateur en dessous du seuil de minimis fondé sur la masse (50 tonnes) et qui n'importe ni électricité, ni hydrogène, n'est pas soumis à ces obligations.
Les procédures et outils liés au MACF
L'obtention du statut de « déclarant MACF autorisé » est obligatoire pour procéder à l'importation de marchandises soumises au MACF.
La demande de statut est à réaliser sur le registre MACF 2.0 dit « registre MACF définitif ». L'accès au registre est soumis au respect de la procédure détaillée sur le site de la DGDDI : procédure de connexion au registre MACF
La procédure pour obtenir le statut est détaillée dans le guide pratique de l'importateur et a été présentée au cours du webinaire du 13 mai 2025 dont l'enregistrement et le support sont disponibles.
Une fois la demande instruite et validée par les services de la DGEC, le statut de « déclarant MACF autorisé » prend la forme d'un « Numéro de compte MACF » de la forme : CBAM-FR-20XX-ABC01234567891 qui doit être renseigné dans les demandes de dédouanement de marchandises soumises au MACF.
Un assujetti au MACF peut initier la demande de statut à tout moment. La DGEC invite les importateurs à anticiper leur demande afin d'obtenir le statut « déclarant MACF autorisé » avant de devoir procéder au dédouanement de leurs marchandises.
Les importateurs de marchandises MACF doivent acheter, via le registre MACF, des certificats MACF en proportion des émissions importées associées à leurs marchandises. Chaque certificat MACF représente 1 tonne de carbone importée.
Le calcul du nombre de certificats à acheter par tonnes de marchandises est détaillé dans l'onglet calculer le coût du MACF et du nombre de certificats à restituer.
Les certificats pour l'année 2026 devront être achetés à partir de février 2027. A partir de cette date, il sera possible d'acheter à n'importe quel moment des certificats pour l'année en cours.
Un webinaire dédié sera organisé en amont de cette échéance.
A partir de 2027, les importateurs de marchandises MACF devront s'assurer de détenir, à chaque fin de trimestre, un nombre de certificats couvrant au minimum 50 % des émissions associées aux marchandises importées depuis le début de l'année civile.
Un webinaire dédié sera organisé en amont de cette échéance.
En septembre de l'année suivant les importations, l'assujetti doit établir, via le registre MACF, sa déclaration des émissions importées.
Cette déclaration fait état de l'ensemble des importations soumises au MACF sur l'année concernée. Pour chacune des importations, la déclaration indique des émissions importées associées. Ces émissions peuvent être établies avec des valeurs par défaut ou avec des valeurs réelles. Dans le cas d'un rapportage en valeurs réelles, ces valeurs doivent être certifiées par un vérificateur accrédité (voir le bloc suivant).
La déclaration s'accompagnera de la restitution du nombre de certificats MACF correspondant aux émissions décrites dans le rapport. Les services de la DGEC instruiront ensuite ces rapports pour s'assurer de la véracité des informations qu'ils contiennent ainsi que de l'adéquation avec le nombre de certificats rendus.
Dans le cas où le nombre de certificats achetés par l'assujetti est supérieur au nombre de certificats devant être restitués, il aura la possibilité de demander leur remboursement (dans la limite prévue par le règlement MACF) avant le mois de novembre de l'année du rendu du rapport.
Afin de pouvoir réaliser sa déclaration annuelle en émissions réelles, l'assujetti devra faire certifier sa déclaration par un vérificateur accrédité et indépendant.
Le processus d'accréditation étant en cours de construction, la DGEC n'est pas encore en mesure de communiquer de date à partir de laquelle il sera possible de faire vérifier les valeurs. En conséquence, il est conseillé aux importateurs de baser leurs coûts pour l'année en cours sur les coûts en valeur par défaut tels que présenté à la rubrique calculer le coût du MACF et le nombre de certificat à restituer.
La DGDDI produit régulièrement des informations aux importateurs qui expliquent les démarches à réaliser en douane. L'ensemble de ces informations sont disponibles sur leur site :
https://www.douane.gouv.fr/dossier/mecanisme-dajustement-carbone-aux-frontieres-macf
Le coût du MACF dépend de plusieurs facteurs :
- Le coût des certificats, fixé chaque semaine comme étant la moyenne du prix des quotas ETS sur la semaine précédente ;
- La masse de marchandises soumises au MACF importées ;
- L'intensité carbone de ces marchandises, qui peut être calculée à partir des valeurs par défauts publiées par la Commission Européenne ou en valeurs réelles, dans ce dernier cas, les valeurs devront être certifiés par un organisme accrédité ;
- Les émissions couvertes par des allocations gratuites selon un benchmark publié par la Commission Européenne ;
- La potentielle déduction des émissions couvertes par un prix du carbone payé dans un pays tiers.
Tous ces éléments ont été expliqués en détail durant le webinaire du 16 octobre 2025 dont l'enregistrement et le support sont disponibles.
Afin de faciliter l'appréhension du coût du MACF par les assujettis, la DGEC a développé un outil permettant d'estimer le coût MACF à partir du code CN de la marchandise et du pays d'origine. La « calculatrice MACF » utilise les valeurs adoptées par les Etats Membres et la Commission Européenne et publiées au Journal Officiel de l'UE. Ces valeurs sont les valeurs applicables pour 2026.
Cet outil est à visée strictement informative, la responsabilité des services de l'Etat ne saurait être engagée.
Outil d'estimation du coût du MACF
Les ressources
La DGEC a produit deux guides à ce jour :
- Le guide pratique de l'importateur est le guide de référence pour le MACF, il regroupe l'ensemble des ressources disponibles et mises à jour.
- Le guide pratique du producteur qui doit être mis à jour pour se conformer aux attendus de la période définitive mais qui reste disponible.
Des ressources ont également été produites par la Commission Européenne et traduites en français :
- La version traduite de la FAQ de la Commission Européenne, disponible également en anglais sur le site de la Commission
- Le manuel du registre MACF ainsi que les messages d'erreurs connus à ce jour
La DGEC et la DGDDI organisent régulièrement des webinaires pour expliquer le MACF et les procédures qui y sont associées. La DGEC tiens une mailing list pour tenir informés les inscrits des dernières actualités et des prochains webinaire. Il est possible de s'inscrire à la liste en cliquant sur ce lien.
Les différents webinaires :
- Le webinaire du 11 décembre 2025 fait le point sur les obligations liées au MACF depuis le 1er janvier 2026 et explique le fonctionnement de la « calculatrice MACF ». Cliquez sur les liens ci-dessous pour accéder au :
- Le webinaire du 16 octobre 2025 dédié à la préparation de l'échéance du 1er janvier 2026 et l'anticipation des coûts du MACF :
- le support
- l'enregistrement (début vers 9'30)
- Le webinaire du 13 mai 2025 dédié au pas-à-pas pour obtenir le statut de déclarant MACF autorisé, et au projet législatif de simplification (Omnibus) du MACF :
- Le webinaire du 29 janvier 2025 dédié à la demande du statut de "Déclarant MACF autorisé" et les obligations de la période effective, notamment la déclaration MACF annuelle et la restitution des certificats MACF.
- Le webinaire du 16 octobre 2024, dédié au bilan des trois premières périodes de rapportage, à la doctrine d'application du MACF dans la période transitoire, notamment en cas de difficultés à obtenir des données d'émissions réelles.
- Le webinaire du 18 avril 2024, dédié notamment à la détermination des émissions intrinsèques des marchandises importées durant la période transitoire.
- Le webinaire du 16 janvier 2024, dédié à l'utilisation du registre MACF et le dépôt des rapports trimestriels.
- Le webinaire de présentation générale du MACF (qui débute vers 31:00).
Le règlement MACF et ses révisions :
- Règlement (UE) 2023/956 établissant le MACF et dans sa version consolidée après révision
- Règlement (UE) 2025/2083 concernant la simplication et le renforcement du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières
Les actes d'exécutions :
- Site de la Commission Européenne
- Site des douanes françaises
- Les contacts des Pôles Actions Économiques (PAE), interlocuteurs privilégiés pour les importateurs soumis au MACF
Période transitoire - du 1er octobre 2023 au 31 décembre 2025
- Dès la période de transition, l'essentiel de vos démarches, notamment le dépôt des rapports trimestriels, s'effectueront via une plateforme européenne centralisé, le registre MACF 1.0.
- Vous trouverez un guide de connexion pas-à-pas dans le guide pratique à destination des importateurs (à partir de la diapo 16), disponible plus bas sur cette même page, ainsi qu'une notice détaillée de connexion.
- Vous pouvez également vous familiariser avec le registre MACF en lisant le User Manual for CBAM declarants ou en suivant le module d'e-learning dédié au ciment, proposés par la Commission Européenne.
- L'article 35 du règlement MACF prévoit une obligation pour les importateurs de marchandises couvertes par le MACF d'établir un rapport trimestriel de leurs émissions importées.
- Les informations demandées aux importateurs de marchandises MACF et les éléments de méthodologie pour le calcul des émissions importées ont été précisées dans un règlement d’exécution adopté le 17 août 2023 ainsi qu'un ensemble de documents explicatifs, préparés par la Commission européenne.
- La Commission met notamment à disposition un tableur Excel visant à faciliter la communication entre les importateurs soumis au MACF et leurs fournisseurs.
- Le registre MACF permettra par ailleurs un téléversement semi-automatisé de déclarations, sur la base d'un document XML préformaté.
- Des valeurs par défaut, permettant de simplifier le calcul des émissions, ont été publiées fin décembre 2023.
- Nous vous invitons à consulter la rediffusion du webinaire du 18 avril 2024 dédié à la détermination des émissions intrinsèques des marchandises importées.
- Des pénalités financières pourront être appliquées en cas de manquements répétés ou calculés à cette obligation.
Plus de contexte sur le MACF :
Les "fuites de carbone"
L’effet de compétitivité
La tarification carbone provoque un surcoût pour la production européenne et une perte de compétitivité face à la concurrence extra-Européenne. Cela provoquerait alors un déplacement de la production de l'Europe vers des pays moins-disant du point de vue du climat, et où l’intensité carbone de la production est d’ailleurs potentiellement plus élevée.
L’effet du prix des énergies
La tarification du carbone renchérit l'utilisation des énergies fossiles en Europe et baisse donc la demande pour ces produits. Cette baisse de la demande en Europe provoquerait une baisse de leur prix au niveau mondial, qui encouragerait alors une consommation plus importante d’énergies fossiles – et ainsi des émissions de GES – dans le reste du monde.
L’effet de retombées technologiques
Le déploiement de nouvelles technologies de décarbonation dans l’UE, rendues compétitives sur le marché européen grâce à la tarification carbone, permet une baisse durable des coûts de ces solutions de décarbonation, favorisant leur déploiement, y compris dans le reste du monde. Ceci implique que les baisses d'émissions en Europe s'accompagnent de baisses d'émissions en dehors de l'Europe. On parle alors de fuites de carbone négatives.
Les études économiques existantes suggèrent que, de manière agrégée, les risques de fuites de carbone sont relativement modérés (de l’ordre de 20% i.e. une baisse des émissions de 1 tCO2eq dans une région induit 0,2tCO2eq d’émissions supplémentaires dans le reste du monde). Néanmoins, ces études considèrent généralement un prix du carbone relativement faible (autour de 20-30 €/tCO2). Par ailleurs, il s’agit d’un chiffre global qui masque des disparités par secteurs , où certains produits exposés à la concurrence internationale et pour lesquels les procédés de production sont très émetteurs de GES, seraient particulièrement à risque.
Et pour l'Union Européenne ?
Pour l’Union Européenne, la problématique des fuites de carbone est donc double. Du point de vue climatique, les fuites de carbone minent les efforts européens pour réduire les émissions de GES au niveau mondial. Du point de vue de la souveraineté industrielle, du maintien de l'activité économique et des emplois, l’existence de fuites de carbone reflète un traitement inégal des producteurs européens et extra-européens, qui accentue les problématiques de délocalisation et de désindustrialisation.
Une pièce du paquet législatif européen "Fit for 55"
Historiquement, l’allocation de quotas gratuits dans le cadre du marché carbone européen a été la solution pour limiter les risques de fuites de carbone. Ce système a progressivement révélé plusieurs limites. En particulier, l’allocation de quotas gratuits dégrade fortement le signal-prix moyen de la tonne de carbone. En effet, si on alloue gratuitement 85% des quotas, par exemple, comme a longtemps été le cas pour le ciment ou encore l’aluminium, un prix du quota de 100€/tCO2eq est ressenti comme étant de seulement 15€/tCO2eq. Cette limitation de la tarification effective du carbone explique en partie que les réductions d’émissions ont été plus faibles pour les secteurs industriels que pour le secteur de la production d’électricité, surtout avant 2022 où le prix du carbone était inférieur à 30€/tCO2.
La montée en charge du MACF est donc indissociable de la disparition progressive des quotas gratuits dans le SEQE-UE (i.e. le marché carbone européen). C’est pour cette raison que le règlement MACF et la révision de la directive ETS ont dû être négociés conjointement au niveau européen.